02 septembre 2007
Notre imaginaire est-il menacé ?
Notre imaginaire est menacé, c'est bien possible. Alors si vous voulez bien, faisons un bout de chemin avecs Rimbaud.
Il émet ici un univers ; il forme un poème-monde où constament il faut se retremper.
J'ai choisi ce poème "Le Bateau ivre" car il entre en résonnance avec lui-même, provoquant l'hallucination. "J'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir". Ainsi le voyant propose t-il un surprenant renversement. Sa vision devient la bonne vue. Ce que les autres tenait pour illusoire prend désormais figure de réalité. Lisez le plutôt.
Arthur Rimbaud (poésie fin 1870-1871) Le Bateau ivre
Comme je descendais des fleuves impassibles,
je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles
les ayants cloués nus aux poteaux de couleurs
J'étais insouceux de tous les équipages,
porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages
les fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées
moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants,
je courus : Et les péninsules démarées
n'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
dix nuits, sans regretter l'oeil mais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures
l'eau verte pénètra ma coque de sapin
et des taches de vins bleus et des vomissures
me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
de la mer, infusé d'astres, et lactescent,
dévorant les azurs sverts ; où, flottaison blême
et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
plus fortes que l'accool, plus vastes que nos lyres
fermentent les rousseurs amères de l'amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
et les ressacs et les courants : je sais le soir,
l'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes
et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
illuminant de longs figements violets,
pareils à des acteurs de drames très-antiques
les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies
baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
la circulation des sèves inouïes,
et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
hystériques, la houle à lassaut des récifs,
sans bouger que les pieds lumineux des maries
pusssent forcer le mufle aux océans pousssifs !
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables florides
mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
d'hommes : Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces
et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleil d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Echouages hideux au fond des golfes bruns
où les serpents géants dévorés des punaises
choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chentants.
-Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
et d'inéffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des poles et des zones,
la mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...
Presque île, ballotant sur mes bords les querelles
et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds
et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
de noyé descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau
moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
n'auraient pas repêché la carcasse ivre d'azur ;
Qui courais, taché de lunules électrique,
planche folle, escorté des hippocampes noirs,
quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
les cieux ultramains aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquane lieues
le rut des Béhémots et les Maeslstroms épais
fileur éternel des immobilités bleues
je regrette l'europe aux anciens parapets !
J'ai vu des archipels sidéraux : et des îles
dont les cieux délirants sont ouverts au voyageur :
-Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et texiles,
Millions d'oiseaux d'or, ô future vigueur ? -
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les aubes sont navrantes,
toute lune est atroce et tout soleil amer :
l'âcre amour m'a gonflé de torpeurx enivrantes.
ô que ma quille éclate ! o que j'aille à la mer !
Si je désire une eau d'europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
un bâteau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô larmes,
enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
ni nager sous les yeux horribles des pontons.
19 août 2007
Les rêves sont ils vrais ?
La réalité ou le rêve, qui naît dans l'enfance, qui se poursuit toute la vie, est peut-être le second être, le faux, celui des apparences.
Fausses résonances des êtres, une aspiration essentielle, pour éclaircir nos sombres esprits. Peine perdue, le mal est bien là, la vulgarité est toujours séduite par l'apparence et par l'évènement. Les guerriers, les battants sont parmis nous, ils tracent leur sillon sans état d'âme, pour le meilleur et souvent pour le pire... Le faible n'a pas bon image. "Jadis, on créait toujours dans la fragilité, jamais dans la force".
Est-il possible aujourd'hui de dire, que seulement la poésie fait résonner en tout être, trois aspirations essentielles : la beauté, le rêve, la création ?
18 juillet 2007
Encore Mozart
Pour la fête des pères, mon fils m'a acheté un MP3. Quelle petite merveille!
Pouvoir marcher dans les bois avec Mozart. La qualité acoustique est impressionnante. Bon d'accord je vous parle encore de Mozart ! Mais je ne peux résister à vous faire partager ma joie. Avez-vous écouté, le concerto à la clarinette "mouvement lent" et aussi, la flûte enchantée. Dans la musique de Mozart il y a une grande tendresse et douceur, et aussi l'énergie, la violence, et une grande philosophie de la réflexion. Sa musique est temporelle, il peut jouer tous les sentiments.
Il m'arrive parfois de ne rien comprendre dans une musique, je n'ai aucune émotion. Dans celle de Mozart jamais, c'est toujours magnifique. Ce qu'il y a de bien avec Mozart, c'est qu'il ne vous agresse jamais. Actuellement notre époque est plutôt bruyante, il est dommage que sa musique ne puisse adoucir certains esprits.
A présent, je vous laisse, en vous souhaitant de bonnes vacances, et peut-être avec Mozart.
22 juin 2007
La lecture, mon beau souci
Un livre n'est pas qu'un assemblage de feuilles blanches, il nous rappelle qu'il représente infiniment plus. La lecture redonne à l'écriture toutes ses lettres de noblesse dans notre époque pressée. Tantôt un repos, une découverte ou un savoir illimité, le livre est surtout le reflet d'une identité. Dis-moi ce que tu lies, je te dirai qui tu es...Et qui nous sommes tous ensemble, car "lire est un art qui nous permet de nous rappeler l'expèrience commune de l'humanité". Comme le dit Roland Barthes, la lecture, est la "maîtresse de la nuance", l'accès au réel et à la vie même. A chacun de trouver une réponse et "de savoir à quelle bibliothèque on confie son destin".
27 mai 2007
Musique
Peut-être écoutez-vous Radio-Classique ? Pour moi, une journée sans musique, est une journée triste.
Pendant quelques mois il y a eu un concours de la plus belle musique classique. Beaucoup de gens ont participé à ce jeu et même les plus "prestigieux". Et savez-vous qui a gagné ? Franz Shubert, oui le "fou céleste". En seconde position Beethoven et en troisième Mozart.
Pour parler de Shubert, comme pour parler de Beethoven et de Mozart, c'est le langage de l'amour qu'il faudrait employer. Aucune analyse savante ne peut expliquer l'émotion particulière que suscite leur génie. Je fais peut-être de la publicité pour Radio-Classique, mais il vrai que c'est une formidable radio, qui, j'espère, continuera encore longtemps, car nous en avons tous besoin.
09 mai 2007
Le retrait
Le silence et la douceur de la nuit, dans un monde voué au bruit de fond. L'atmosphère feutrée de cette chambre, avec tout autour la peau satinée des livres. C'est le retrait savamment dosé, une contradiction lucidement acceptée, une niche de beauté, de silence, de culture, une subtile schizophrénie qui permet d'être dedans et dehors, de se dépendre sans s'éloigner, un exil intérieur.
Avec la lecture, c'est l'exercice de la liberté absolue. Surtout la nuit, où il y a une ambiance particulière, les livres nous aident à avoir une seconde vie indépendante de notre vie quotidienne.
Et, accompagné de musique, c'est un grand moment.
15 avril 2007
Les chevaux blancs

Cette sculture de mon imaginaire représente le symbole d'une époque.
L'arbre rouge

Sculture que j'ai réalisé dans l'idée d'avoir des couleurs déroutantes, sur une structure en bois de chêne, et une forme incompréhensible.
14 avril 2007
Une façon de voir les choses
J'adopte une stratégie de fuite, de retrait, qui consiste à trouver le luxe ailleurs que dans l'accumulation de biens. Si nous en avons la possibilité à titre individuel, pourquoi ne pas préférer le temps libre aux gros salaires, la méditation à la frénésie, la philosophie à la consommation, l'amitié à la solitude des villes ? C'est une manière d'entretenir avec le capitalisme libéral un rapport de pur cynisme. Sans amour ni haine. Voilà, vous avez compris, je ne suis pas très à l'aise avec notre époque...Mais je m'en accommode.
10 avril 2007
L'invitation à la musique
Liszt
1811 - 1886
Voici un autre fabuleux pianiste, dont la légende nous a donné une image aussi déformée que celle de son ami Chopin. Il faut dire qu'il a beaucoup contribué à se composer un personnage de légende et à faire de sa vie un roman d'aventures à la limite du vraisemblable ! En cela, il ressemble à son ami Berlioz.
Franz Liszt est né près de la frontière austro-hongroise, d'un père hongrois, régisseur du prince Esterhazy et musicien amateur, et d'une jolie Viennoise. Il est beau, c'est un petit prodige (encore un !), il est de santé délicate. On s'attend à ce qu'il ne vive pas longtemps : il moura par hasard (d'une congestion pulmonaire mal soignée) à soixante-quinze ans !
Sa fabuleuse carrière de virtuose commence à neuf ans. A Vienne, il joue devant Beethoven, qui lui dit des mots historiques et qui l'embrasse. Il parcourt l'Europe...au préjudice de ses études générales, qui sont bâclées au hasard des voyages. A quinze ans il compose des études, qui seront remaniées plus tard pour devenir les célèbres Etudes exécution transcendante.
Il apprend très vite le français à Paris et finit par le parler parfaitement, mieux que le hongrois, sa langue maternelle, et mieux que l'allemand. En 1830, il a dix neuf ans lorsque éclate la révolution de juillet ; il s'enflamme pour les idées nouvelles et se lie d'amitié avec Berlioz, puis avec Chopin. Il fréquente tous les jeunes intellectuels progressistes d'alors, notamment Hugo, Lamartine, Lamennais. Il entend le célèbre Paganini, violoniste extraordinaire, qui lui fait une impression décisive.
Sur ce modèle, il se compose peu à peu un personnage de virtuose phénoménal qui pulvérise les claviers et transforme en "Liszt" tout ce qu'il joue. Il fait du récital de piano ce que Paganini a fait du récital de violon : un grand spectacle. Le public apprécie surtout les transcriptions et arrangements d'oeuvres connues, éblouissantes démonstrations des possibilités du piano...et du pianiste. La manie des arrangements ne date pas d'aujourd'hui. Mais quel talent ! Quelle imagination ! Certains reprochent d'ailleurs à Lizt de montrer autant d'imagination dans l'éxécution d'oeuvres originales pour piano..
L'oeuvre de Liszt a bousculé beaucoup de choses : l'harmonie, la mesure, la forme, la technique instrumentale. En bousculant les habitudes classiques, elle a préparé la voie à l'oeuvre de Wagner et à toute la musique du XXe siècle. Cette musique a choqué en son temps : par sa démesure, elle était plus inconvenante que celle de Chopin, pourtant moderne aussi.
Ne manquez pas d'écouter : Du berceau à la tombe pour orchestre
L'orotario Christus
Faust Symphonie