01 avril 2007
L'invitation à la musique
1810 - 1856
Clara était si belle, si bonne, si géniale, qu'on était forcé de l'aimer. Et aujourd'hui, pour comprendre la musique de Robert, il faut aimer Clara. La vie des Schumann est une merveilleuse histoire d'amour qui, hélas, finit mal.
Robert Schumann est le fils d'un éditeur-libraire de Zwickau, petite ville Saxe. Il est doué, intelligent et s'intèresse à tout. On lui fait apprendre le piano.La musique le passionne, il participe à des auditions et à douze ans il fait ses premiers essais de composition...Mais il s'intèresse tout autant à la litérature. Il écrit des petits articles pour une revue de son père, des poèmes, des pièces de théâtre. Et surtout il lit énormément dans la librairie familiale. Il est transporté par les romantiques : il se sent des leurs.
Ce touche à tout enthousiaste fait d'excellentes études générales et, lorsqu'il a dix-huit ans, on l'envoie à Leipzig pour faire son droit à l'université. Mais il fréquente surtout un célèbre maître de piano, Her Professor Wieck à Leipzig.
Clara, la fille de Wieck, est une enfant prodige, géniale, sauvage et fascinante. Elle a une passion pour Schumann qui a la tête pleine de contes fantastiques et qui invente des charades pour elle.
Un jour de 1835, il la revoit après une longue absence. Elle a seize ans, lui vingt-cinq ; elle est de plus en plus jolie ; ils s'aperçoivent qu'ils s'aiment depuis toujours. Mais il faudra encore cinq années de dur combat pour être l'un à l'autre.
C'est pendant de longue marche vers Clara que Schumann compose ses chefs-d'oeuvres pour piano : Carnaval, Fantaisie, Scènes d'enfants, Kreisleriana.
Leur vie familiale est exemplaire et, comme dans les histoires qui finissent bien, ils ont beaucoup d'enfants...Mais un drame se prépare : Schumann se sent atteint d'un mal terrible, le dérèglement de la raison. Seule lumière dans la nuit qui tombe, l'amour de Clara ne faillit jamais. Depuis des années déjà, il craint la maladie mentale ; son intelligence a de la peine à contrôler son imagination délirante.
Un matin de 1854, Robert Schumann interrompt brusquement son travail et va se jeter dans le Rhin. Sauvé par des mariniers, il est hospitalisé dans un asile de fous. Clara est enceinte d'un huitième enfant. On ne lui permet pas de voir son mari, mais Brahms pourra le visiter assez régulièrement. Ils seront tous deux près de Schumann lorsqu'il moura après plus de deux ans d'hospitalisation.
Schumann a été le plus purement romantique de tous les musiciens allemands. Contrairement à Schubert, c'était un intellectuel. Ses premiers maîtres, ses modèles, ont été les grands poètes et penseurs romantiques.
Ne manquez pas d'écouter : Kreisleriana
Quintette avec piano
Scènes d'enfants
28 mars 2007
L'invitation à la musique
De l'oreille
Avez-vous de l'oreille ? Beaucoup de gens affirment piteusement qu'il n'ont pas d'oreille. Les malheureux sont-ils sourds ? Pas du tout. La plupart n'ont pas envie d'entendre ; les autres sont seulement inattentifs. Ils consomment la musique d'ambiance sans y prêter la moindre attention et croient sincèrement qu'ils ne sont pas capables de percevoir la réalité musicale par suite d'un défaut congénital.
Pourtant l'ouïe est extraordinairement sensible. Mais on ne le sait pas assez. On la respecte moins que la vue, parce qu'elle est passive, non laborieuse, et que notre société industrielle condamne sévèrement la paresse !
On croit aussi qu'il y a quelque chose de difficile à comprendre derrière les notes et que cette compréhension demande la connaissance du "langage" musical, de la même façon que la compréhension d'une langue suppose la connaissance de ses règles et de son vocabulaire. C'est une grave erreur : la musique n'est pas un langage dont on peut oublier les signes (les sons) lorsqu'on en a compris la signification. Ce que la musique "exprime" éventuellement n'est pas extérieur aux sons. Son "message" n'est pas intellectuel, mais esthétique et "sentimental" : il est dans les notes, dans leur assemblage et leur succession. Tout le monde peut le saisir, avec plus ou moins d'effort d'attention. Longtemps, moi aussi, j'ai cru que la musique classique était destinée à une certaine classe sociale. A présent, j'écoute la musique plutôt sentimentalement.
Cette fameuse "oreille" dont tant de gens croient manquer est affaire d'attention, d'habitude et de curiosité.
18 mars 2007
L'invitation à la musique
Chopin, classique ou romantique ?
1810 - 1849
Il n'est pas facile d'évoquer Chopin, l'un des artistes les plus secrets qui soient. Son intelligence sensible et son émotivité sont bien d'un romantique ; mais chez lui la pudeur s'oppose toujours à l'éxibition des sentiments. Il déteste les confidences, il ne parle jamais de lui ; et d'ailleurs il méprise les effusions de la musique-confession.
On a beau affubler ses oeuvres de sous-titres, on a beau y chercher un visage de femme, une révolution, une goutte d'eau, Chopin, lui, marque son dédain pour ces images vulgaires, en donnant à ses oeuvres des titres conventionnels : étude, prélude, nocturne, valses, mazurkas, ballades, etc. Sa musique est pure comme celle de Mozart.
Pourtant ce malheureux Chopin a toujours été la victime des auteurs de "vie romancée". On trouve un air de mystère à cet éxilé, à cet écorché vif, qui ressent si fort les souffrances de sa Pologne lointaine. En plus, il est atteint de tuberculose pulmonaire, la maladie romantique par excellence, dont on guérissait rarement en ce temps là...
Frédéric Chopin est né en 1810 (trois mois avant Shumann). Il était le fils d'un professeur de français, qui s'était installé à Varsovie dans sa jeunesse et s'était marié avec une polonaise. Intelligent, imaginatif, plein d'humour, Frédéric était un vrai prodige : il écrivait des vers à six ans, publiait à sept ans et demi et donnait son premier concert public à neuf ans.
La formation de son génie, il l'a doit à Bach, à Mozart et aux paysans polonais. Pour l'essentiel de son art, il a tout inventé : sa musique ne ressemble à aucune autre avant lui.
Georges Sand soignait avec une passion jalouse son "Chopinet", son "malade ordinaire", son "pauvre petit souffreteux" (elle l'appellait de mille noms ridicules). C'est en grand partie sa faute si on a créé la légende absurde du perpétuel mourant que l'on traînait au piano, baignant dans ses larmes, avec un poignard dans le coeur !
La musique de Chopin ne ressemble pas du tout à ce tableau. Elle est forte, audacieuse, tout en restant classique par sa pudeur et sa concision. D'après tous les témoins, lui-même l'a jouait avec une certaine rigueur, sans emphase ni sentimentalité douteuse. Ecoutez cette musique jouée par Rubinstein, par Pollini, par Arrrau, par Martha Argerich.
Liszt écrivait à propos des préludes de Chopin, ces oeuvres si brèves et si riches : "Ils ont la libre et grande allure qui caractérise les oeuvres de génie".
Ne manquez pas d'écouter "Les chansons polonaises"...et il y a toujours quelques mazurkas oubliées.
17 mars 2007
L'invitation à la musique
Qui était Mozart ?
1756 - 1791
Je ne peux pas parler de musique sans évoquer Mozart.
"Je ne suis pas sûr que les anges, lorsqu'ils sont en train de glorifier Dieu, jouent de la musique de Bach ; je suis certain, en revanche, que lorsqu'ils sont entre eux, ils jouent du Mozart, et que Dieu aime alors tout particulièrement les entendre."
Savez-vous qui a écrit cela ? Un poète ? Un fou ? C'est un très sérieux et très fameux théologien, le pasteur Barth ! Si on parle du "divin Mozart", on fait sourire les gens cultivés, car c'est la pire des banalités. Pourtant, le pasteur Barth trouve bien quelque chose de divin à ce musicien hors du commun. Il en parle même dans ses livres de théologies !
Les plus grands esprits délirent quand ils nous parlent de Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart est né le 27 janvier 1756 à Salzburg en Autriche. Son père, Léopold Mozart, est compositeur et Kapellmeister à la cour du prince-archevêque de Salzbourg. Sa mère est douce et délicate, pas très intelligente. Sa soeur Maria-Anna, qu'on appelle Nannerl dans la famille, a quatre ans et demi de plus que lui : elle apprend le clavecin et c'est une enfant prodige.
A trois ans, Wolfgang assiste aux leçons de musique de sa soeur et ensuite il cherche sur le clavier "les notes qui s'aiment", comme il dit. Il fait de l'harmonie sans le savoir ! Lorsqu'il découvre les dons de son fils, Léopold Mozart décide de tout abandonner pour se consacrer à l'éducation de ses enfants.
Un beau jour de 1781, Mozart se dispute violemment avec le terrible prélat qui le met à la porte. C'est un évènement d'une grande importance dans l'histoire de la musique. Car Mozart décide de ne pas chercher une autre place et de garder sa liberté. C'est la première fois qu'un musicien sans fortune choisit d'être indépendant et prend le risque d'être entirèrement responsable de sa vie.
Hélas, Mozart n'a plus qu'une dizaine d'années à vivre. On croirait qu'il le sait : il a l'air pressé. Il compose des chefs-d'oeuvre à une vitessse extraordinaire ! les Noces de Figaro, Don Giovanni, Cosi fan tutte, la Flûte enchantée, la Clémence de Titus, les six dernières grandes symphonies, une vingtaine de concertos pour piano, des quatuors dédiés à Haydn et au roi de Prusse, etc.
Son génie est de la forme la plus haute : celle qui reste pure de toute idéologie. Sa musique est une musique d'ange pour qui sait écouter : pas seulement les grands chefs-d'oeuvre composés pour l'église et pour le théâtre, pas seulement les concertos pour piano ou les quintettes à cordes, sommets de sa musique instrumentale.
Une telle musique échappe à celui qui veut l'analyser : elle ne bouleverse aucune règle, elle n'illustre aucun système, elle n'est alourdie par aucune pensée philosophique. Mais celui qui s'abandonne simplement à sa perfection éprouve la plus pure émotion artistique.
Ne manquez pas d'écouter : Cantate maçonnique K. 623
Divertimento en trio K. 563
Ave verum K. 618
Et la prochaine fois, je vous parlerez de Chopin. Car sa musique m'apaise énormément.
10 mars 2007
L'invitation à la musique
Haydn ou la musique du bonheur
1732 - 1809
C' est un des personnages les plus sympathiques de l'histoire de la musique. Tout le monde aimait sa bienveillance, son intelligence, son humour, sa tranquillité dans les malheurs, sa générosité. C'était aussi un des compositeurs les plus laids de l'histoire (une grosse tête sur un petit corps, des jambes trop courtes, la peau du visage trouée par la variole et un polype sur le nez). Mais sa bonté se lisait dans ses yeux.
Il a débuté très jeune (c'était au temps de Bach) et il est mort très vieux (Beethoven avait déjà donné six symphonies).
Pendant tout ce temps, il a composé une quantité fantastique de musique dans tous les genres : 104 symphonies, 84 quatuors à cordes, 60 sonates pour piano, des messes , des opéras, des oratorios et une quantité d'oeuvres moins importantes.
Sait-on, par exemple, que Haydn a fait des arrangements de plus de deux cents chansons écossaisses et deux cents chansons irlandaises et galloises ? Sait-on encore qu'il a composé des pièces pour horloges à musique ?
La musique de Haydn est la musique du bonheur. Elle est heureuse et elle rend heureux. Elle est le plus parfait modèle de musique "classique", les symphonies et les quatuors surtout. Ses dernières oeuvres sont deux grands oratorios, merveilleusement jeunes, radieux, chaleureux, deux chefs-d'oeuvre : la Création et les Saisons.
Un an avant sa mort, Haydn assiste à une audition solennelle de la Création dans la grande salle de l'université de Vienne.
C'est une apothéose. Il est tellement ému qu'il quitte la salle après la première partie...et Beethoven qui assistait à l'audition se précipite pour lui baiser les mains.
Malgrès de semblables triomphes (en Angleterre il était reçu comme un souverain), Haydn est toujours resté modeste et souriant. Avec une noblesse de caractère que n'ont pas tous les grands artistes, il savait reconnaître la supérioté d'un confrère, même s'il était plus jeune. Quand il a fait la connaissance de Mozart, il avait cinquante ans et Mozart en avait vingt-six. Pendant les dix années qu'a duré leur amitié (jusqu'à la mort de Mozart), haydn n'a pas osé composer de musique religieuse, tant il reconnaissait la supériorité de son jeune confrère dans ce domaine. En revanche, Mozart savait tout ce qu'il devait aux symphonies et aux quatuors de Haydn.
Ne manquez pas d'écouter tous les quatuors d'Haydn !
02 mars 2007
L'invitation à la musique
La Révolution française et la musique
Il est bon qu'un artiste se batte pour une idée ; mais celui qui met son art au service d'un pouvoir n'est pas un véritable artiste.
Un créateur original, un artiste vraiment révolutionnaire est dangereux. La révolution n'en veut pas ; car le même esprit de contestation qui le fait adhérer à la révolution, il l'appliquera ensuite à l'ordre révolutionnaire. Il est une menace pour tous les pouvoirs !
Ainsi, la révolution de 1789 - 1793 a été impuissante à faire jaillir un art révolutionnaire. Exception grandiose : Beethoven ! Mais lui n'a jamais été un musicien officiel. C'était un grand compositeur "engagé", le premier peut-être, le seul qui se soit nourri des idées de 1789 et soit resté fidèle à ses convictions républicaines jusqu'à sa mort, en dépit des changements survenus dans le monde.
Après avoir dédié sa Troisième Symphonie au général Bonaparte, premier consul, il déchira sa dédicace lorsqu'il apprend que Bonaparte est devenu Napoléon 1er et dit à un de ses amis : "Ce n'est donc rien de plus qu'un homme ordinaire. Il va fouler aux pieds les droits humains, il n'obéira plus qu'à son ambition..." Sa révolte contre le malheur et l'injustice éclate dans son oeuvre. Celle-ci n'est au service d'aucune idéologie : elle est un acte de révolution.
Beethoven a fait reconnaître au monde la noblesse de l'artiste et les droits du génie. Comme Mozart, il pensait que le mérite devait avoir plus de prix que la naissance. De toute façon la situation des musiciens s'est trouvée modifiée par les bouleversements que la révolution française apportait dans la société. Libéré de ses obligations à l'église et à la Cour, le compositeur suit désormais son "inspiration", c'est-à-dire la voie personnelle que lui trace son génie.
Beethoven, le géant solitaire
1770 - 1827
Avec lui, l'histoire de la musique bascule, parce que pour la première fois un compositeur a voulu s'adresser à l'humanité entière. Déjà les plus grandes oeuvres de jeunesse ont un accent, un ton, quelque chose de personnel qui dépasse le classicisme : trois premiers concerts, Quatuor op.18, Sonate Pathétique, extraordinaire largo de la Sonate op n°3... (op. est une abréviation du mot latin opus qui veut dire "oeuvre". Depuis le XVIIe siècle, beaucoup de compositeur utilisent ce mot dans la numérotation de leurs oeuvres publiées).
01 mars 2007
L'invitation à la musique
Bach le grand témoin
1685 -1750
Jean-Sébastien Bach est un des compositeurs les plus célèbres de tous les temps. On entend souvent sa musique au concert, à l'église, en disques ; elle est aussi une des plus fréquemment "arrangées"...
Sa vie professionnelle commence quand il a quinze ans. Il a étudié l'orgue, le violon, la composition, avec son père et avec d'autres membres de sa famille (ils sont tous musiciens). Il termine en même temps ses études au lycée de la ville ; mais il trouve encore le temps d'aller écouter des organistes célèbres et de copier beaucoup de musique dans la bibliothèque de la duchesse de Brunswick. C'est une très bonne habitude qu'il prend là et qui lui permetra de connaître la musique des autres beaucoup mieux que les autres ne connaîtront jamais la sienne.
Si on s'imagine Bach sévère et modeste, on se trompe. Il est fier, juste, intransigeant. Et il est chaleureux, sensuel, passionné : regardez les belles courbes appuyées de son écriture musicale. Il n'est pas modeste ; il sait bien ce qu'il vaut et il se bat souvent pour que son talent soit reconnu et respecté. Seulement il se moque bien de la gloire et il n'a pas le temps de penser à l'avenir. Il compose au jour le jour, à la commande. Presque toutes ses oeuvres, même les plus belles, ont été composées pour être jouées une ou deux fois. Ensuite, Bach ne s'occupe ni de les faire imprimer ni de les faire rejouer. Il pense que la musique est une continuelle invention, qu'elle ne doit pas se répéter, sauf bien sûr quand on n'a pas eu le temps de composer la cantate du dimanche...
ne manquez pas d'écouter : Cantate n°4,33,91,126,137,178.
Orgelbüchlein et Variation canoniques
28 février 2007
L'invitation à la musique
Essayons donc, de raconter quelques fragments de vies, de certains grands musiciens et compositeurs. Les définitions et les explications seront brèves ; et aussi simples que possible.
Haendel, musicien anglo-saxon
1685 - 1759
En Allemagne et en Angleterre, Haendel a toujours été considéré comme un très grand musicien. Pour Beethoven, c'était le plus grand de tous. Il est moins apprécié en France et en Italie, où on a la manie de vouloir ddécouvrir ou re-découvrir les artistes. Or la gloire de Haendel a été continue : on n'a jamais eu à le redécouvrir, comme Bach au XIXe siècle ou Vivaldi au XXe siècle.
Il avait une forte personnalité, tout à fait différente de celle de Bach, son exact contemporain (ils sont nés tous les deux en 1685). Il était ambitieux, aimait le succés et les honneurs, savait flatter les puissants, écraser les obstacles, mener ses affaires jusqu'au bout. Jamais il n'aurait surpporté la vie simple et laborieuse de Bach.
Bach et Haendel ne se sont jamais rencontrés. Deux fois Bach a cherché à voir Haendel...qui, au dernier moment, n'avait pas le temps ! De toute façon, ils ne se seraient pas entendus ; ils étaient trop différents.
Ne manquez pas d'écouter : israël en Egypte et Soül (oratoires)
Xérès et Alcina (opéras)
Et si vous voulez bien, la prochaine fois je vous raconterez en quelques lignes, la vie du grand Bach.
18 février 2007
Les mots
J'ai toujours eu beaucoup d'estime pour Jean-Paul Sartre. C'est pourquoi je vous évoque un fragment de sa vie.
"C'est mon habitude et puis c'est mon métier. Longtemps dit-il, j'ai pris ma plume pour une épée, à présent je connaîs notre impuissance. N'importe : je fais, je ferai des livres ; il en faut ; cela sert tout de même. La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas. Mais c'est un produit de l'homme : il s'y projette, s'y reconnaît, seul, ce miroir critique lui offre son image. Du reste, ce vieux bâtiment ruineux, mon imposture, c'est aussi mon caractère : on se défaît d'une névrose, on ne se guérit pas de soi. Usé, effacé, humilié, rencogné, passé sous silence tous les traits de l'enfant sont restés chez le quinquagénaire.
- Ce que j'aime en ma folie, c'est qu'elle m'a protégée, du premier jour contre les séductions de "l'élite" : jamais je ne me suis cru l'heureux propriétaire d'un "talent" : ma seule affaire était de me sauver- rien dans les mains rien dans les poches-par le travail et la foi. Du coup ma pure option ne m'élevais au dessus de personne : sans équipement, sans outillage je me suis mis tout entier à l'oeuvre pour me sauver tout entier. Si je range l'impossible salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui.
10 février 2007
"Le temps passe si vite"
Ce matin là, je m'observe plus longuement dans un miroir, et plusieurs réflexions me viennent à l'esprit. La cinquantaine bien sonnée me réussit-elle ? Il faudrait que je demande à mon entourage. La philosophie m'aide t-elle ? "Je me disais aussi : il y a cinquante mauvaises années à passer. En effet, après cela s'arrange, la vie est plus agréable à cinquante ans qu'à vingt ans. Le drame, c'est qu'il ne faut pas trop s'attacher à elle au moment où l'on va la quitter". J'aime l'idée que l'avenir me sourit. Cela me donne de l'espoir et de la force parce que le problème, c'est de mal vieillir. Je pense que l'on retarde les effets de l'âge quand on se sent bien, ou à peu près bien.
Bien sûr, nous essayons tous de parvenir à la sérénité. Et souvent, nous croyons être paisible, serein, alors que nous dépensons beaucoup d'énergie à faire taire nos souffrances.
A présent je vous laisse, j'espère ne pas avoir été trop ennuyeux en évoquant la banalité ou le narcissisme d'un "moi".
